Quand Stevie Wonder profite de la technologie québécoise

mars 1, 2017 1:01 Publié par Marilyn Remillard Catégorisé dans:

Au nombre des adeptes de Drummondville, ou plus précisément d’une de ses entreprises, vous pouvez ajouter le nom de Stevie Wonder. En effet, cette société a éclairé sa vie.

Aveugle, la superstar de la musique pop-motown américaine bénéficie aujourd’hui des percées technologiques réalisées par Humanware, une PME de Drummondville reconnue mondialement pour ses avancées qui profitent aux personnes atteintes de déficiences visuelles totales ou partielles.

Et Stevie Wonder en est profondément reconnaissant à l’entreprise et à son président, Gilles Pépin.

M. Pépin aurait pu parler de Ray Charles, à l’époque lui aussi client de Humanware, et de tant d’autres personnes dont la vie s’est transformée maintenant qu’elles peuvent entrer plus facilement en contact avec leur environnement.

Un des développements clés touche la conversion en écriture braille des signes divers qui apparaissent sur un écran d’ordinateur : lettres, notes de musique, etc. Du coup, les usagers saisissent ce qui leur serait autrement inaccessible et peuvent interagir avec un clavier lui-même configuré en braille.

À l’heure des conversations omniprésentes en ligne, imaginez le sentiment de délivrance de tous ces gens autrefois confinés…

Ce n’est qu’une des histoires qu’on nous a racontées lors de Vision pdg, le grand rassemblement annuel organisé par l’Association québécoise des technologies (AQT), dont Gilles Pépin, en passant, est le nouveau président du conseil.

Cette année, quelque 150 pdg d’entreprises actives en technologies de l’information et des communications (TIC), très majoritairement des PME, se sont retrouvés de nouveau à Mont-Tremblant pour échanger à la fois sur les défis qu’ils doivent relever et sur leurs bons coups de l’année.

L’événement offre aussi l’occasion d’entendre des conférenciers exceptionnels, comme Alexandre Taillefer ou Nicolas Duvernois, qui ont tous deux transporté l’auditoire par leurs propos tantôt inspirants, tantôt provocateurs. Mais toujours dans le même but : signaler que les occasions sont là et que les entrepreneurs québécois ont le droit d’être ambitieux.

Prenez Anne-Marie Colizza, pdg de DeltaCrypt Technologies, de Piedmont, dans les Basses-Laurentides. Son entreprise a beau ne compter que 10 employés, elle sert l’armée canadienne depuis 2010 pour protéger et encrypter des données hautement stratégiques.

À l’intérieur d’un char d’assaut, lorsqu’un militaire veut avoir accès à des renseignements, il est vital qu’il puisse communiquer de façon sécuritaire sans que les ennemis interceptent les messages… ce que permettent les solutions mises au point par DeltaCrypt. Et avec tous les enjeux liés au piratage des données dans les domaines les plus divers, Anne-Marie Colizza entrevoit de nouvelles percées au-delà de l’armée et elle pense faire valoir DeltaCrypt hors des frontières, à commencer par les États-Unis.

Percer à l’international

C’est déjà le cas pour Giro. L’entreprise montréalaise dirigée par Paul Hamelin se fait valoir aux quatre coins de la planète avec ses systèmes de gestion des horaires pour le transport en commun.

Son plus récent contrat lui a été octroyé par la ville de Nice après un appel d’offres que ses mérites lui ont permis de remporter. Auparavant, il y avait eu, par exemple, Singapour, Bruxelles, Sydney, Stockholm, Hong Kong et bien d’autres… Alors que la demande mondiale pour le transport collectif ne cesse d’augmenter, Giro est bien placée pour étendre son rayonnement.

Et la réputation des entreprises québécoises leur permet de songer à des marchés où elles n’étaient pas présentes auparavant.

Alain Lavoie, pdg d’Irosoft et ancien président de Techno Montréal, me confiait avoir été approché par les dirigeants d’un pays africain qui veulent lancer un vaste chantier numérique comprenant télé-médecine, télé-enseignement et bien d’autres services. Tout cela demanderait la mise en place d’un nouveau réseau de câbles optiques sur des centaines de kilomètres.

Irosoft y trouverait son compte avec ses systèmes de mise à jour numérique des lois et des règlements, mais elle serait accompagnée d’une gamme de partenaires québécois pour les autres volets. La décision finale devrait être rendue ce printemps.

Ce n’est là qu’un échantillon de toute l’animation qui émane du milieu des TIC au Québec. Et Stevie Wonder entend lui-même y participer.

Il est en train de convaincre le cofondateur de Microsoft, Paul Allen, d’attribuer les millions de dollars qui seront récoltés à l’occasion d’un prochain concert à Singapour au développement d’un nouveau produit de Humanware : une application mobile qui permettrait au gens atteints de déficiences visuelles d’avoir accès à de l’ information de toute nature en braille…

Avec de tels alliés, rien n’est impossible !

«J’ai rencontré Stevie Wonder il y a 20 ans. C’est un homme au grand coeur que je vois encore souvent ; nous sommes demeurés proches», dit M. Pépin. Proches ? «En 2013, nous avons fêté les 25 ans de l’entreprise, raconte Gilles Pépin. Stevie donnait un spectacle à Québec. Je lui ai demandé s’il pouvait faire un détour par Drummondville pour rencontrer nos employés et leur illustrer l’impact de leur travail. Il est venu, il a apporté ses instruments, il a joué et chanté avec les gens. Il a même chanté I Just Called to Say I Love You à ma mère, qui avait 86 ans… Vraiment généreux et reconnaissant.»