Startupfest : les start-ups jugent les programmes d’accélération

juillet 14, 2017 9:04 Publié par Marilyn Remillard Catégorisé dans:

À quoi s’attend l’entrepreneur qui joint un accélérateur ? Jusqu’à quel point les diplômés sont-ils satisfaits des programmes ?

C’est ce que les organisateurs de la 7e édition du Startupfest ont voulu savoir. Ils ont commandé un sondage auprès de deux groupes: des entrepreneurs canadiens qui ont complété des programmes d’accélération et d’autres qui n’en ont pas suivi, et qui y songent ou pas. Ceci pour comparer les attentes et la réalité.

ll ne s’agit pas d’un sondage scientifique, ce n’était pas le but. « Startupfest cherche plutôt à engager la discussion, alors que l’écosystème d’accélérateurs canadien en est à sa dixième année », explique Douglas Soltys, fondateur et rédacteur en chef du site d’information BetaKit, qui a coréalisé cette étude avec Hockesytick, une firme d’analyses de données financières qui relie entrepreneurs et sociétés de capital-risque.

Je me suis assise avec Raymond Luk (Hockeystick) et Douglas Soltys (BetaKit) pour en savoir plus.

Débutons par la bonne nouvelle : 7,7/10 des répondants recommanderaient le programme d’accélération qu’ils ont complété.

Toutefois, il y a matière à amélioration dans quatre domaines en particulier : le mentorat, le lieu, le Demo Day et le suivi.

Un tiers des entrepreneurs peu satisfaits de leurs mentors

« Le taux d’insatisfaction élevé des fondateurs face à leurs mentors nous a un peu étonné, reconnaît Raymond Luk. Le mentorat se situe au cœur de l’offre des accélérateurs. Il est mis de l’avant comme un avantage important pour les participants. Or, cette offre se situe en dessous des attentes du tiers de ceux-ci. »

Que reproche-t-on aux mentors ? D’abord, un manque d’arrimage entre leurs compétences et les besoins des entrepreneurs. « On choisit les mentors avant d’identifier les start-ups. Au Lazaridis Scale-Up Program, de l’université Wilfrid-Laurier, à Waterloo, en Ontario, on fait l’inverse, souligne Douglas Luk. Il faut peut-être explorer cette formule. »

Trop c’est comme pas assez

« Les entrepreneurs rencontrent un nombre très élevé de mentors, poursuit Douglas Soltys. Les accélérateurs voient un avantage à cet accès à autant d’opinions. Mais le temps consacré à faire le tri parmi toutes ces opinions n’est pas alloué à développer le modèle d’affaires ni le produit. Les accélérateurs devraient peut-être assumer davantage de responsabilité dans ce dossier et pré sélectionner un nombre plus restreint de mentors pour chaque entrepreneur. »

Il y a aussi la motivation du mentor. «J’ai le sentiment que certains mentors sont là pour eux, pas pour moi», a confié un entrepreneur aux sondeurs.

L’espace, un facteur sous-estimé

« Pour les entrepreneurs qui songent à joindre un accélérateur, la configuration de l’espace est un facteur bien plus important que l’on pense, commente Douglas Soltys. Aux yeux des candidats, l’espace fait partie des caractéristiques du programme. » On parle surtout de configuration. «Les entrepreneurs considèrent leurs homologues comme des mentors, poursuit le rédacteur en chef de BetaKit. Particulièrement, ceux qui viennent tout juste de compléter les étapes qu’ils s’apprêtent à franchir. » Ainsi, le Velocity Garage, de l’université de Waterloo, prend soin d’asseoir côte à côte des entrepreneurs en démarrage et des entrepreneurs en affaires depuis six mois.

Faut-il réinventer le Demo Day ?

Cette activité phare marque la fin d’un programme d’incubation ou d’accélération. Elle a été imaginée pour permettre aux diplômés de se faire connaître du grand public et, surtout, des investisseurs. De nombreuses heures du programme sont consacrées à préparer les participants à ces quelques minutes qu’ils passeront sur la scène. Ils font et refont et refont leur présentation pendant des semaines. Côté pile. Ceci les force à raffiner leur proposition de valeur. Et à maîtriser l’art de parler en public. Côté face, l’impact du Demo Day est-il à la hauteur de l’énergie que les entrepreneurs y consacrent ? On ne verra pas la disparition du Demo Day demain matin. Toutefois, on voit émerger de nouvelles formules. « L’accélérateur que j’ai fréquenté organise un Demo Day moins imposant (« smaller in scale ») et il a ajouté une tournée des investisseurs (« road show »). C’est vraiment apprécié », a commenté un des répondants au sondage.

Tout est question d’objectif. Le Demo Day permet à l’accélérateur de montrer son savoir-faire. Aux entrepreneurs aussi. Permet-il d’obtenir du financement? De moins en moins, semble-t-il. Le financement est souvent alloué avant cette date.

Le suivi : 40 % des entrepreneurs insatisfaits

« Depuis que j’ai complété le programme, je n’ai reçu aucun soutien. On dirait que je n’ai jamais existé », déplore un répondant au sondage.

Où s’arrête la promesse d’un accélérateur? « La graduation ne devrait pas marquer la fin du processus, dit Raymond Luk. Ce n’est que le début. » Il poursuit, « Le réseau des diplômés est probablement la ressource la plus sous-utilisée des accélérateurs. »

Revenons au mentorat. « Les diplômés font d’excellents mentors. Mais plusieurs d’entre eux ne le réalisent pas, commente Raymond Luk. Ils estiment qu’ils n’ont pas assez réussi. Ou, si leur entreprise n’a pas décollé, ils ont honte. Pourtant, ils ont beaucoup à partager. Le défi consiste à ce qu’ils le réalisent. » Et qu’ils aient envie de contribuer au-delà de leur entreprise.

Ce n’est pas parce qu’on a complété un programme d’accélération qu’on a envie de donner au suivant. Il faut avoir développé un sentiment d’appartenance envers la communauté à laquelle on a appartenu pendant les quelques semaines du programme. Ce sentiment, il naît d’une foule de petites et grandes choses que ce sondage permet d’aborder.

Parmi, celles-ci, les mentors. Ce n’est pas parce que notre nom apparaît dans la liste des mentors d’un accélérateur qu’on est utile («Just showing up is not enough»). « Les meilleurs mentors sont ceux qui viennent pour apprendre, pas pour enseigner », rappelle Roy Glasberg, fondateur de l’accélérateur Launchpad, de Google.

La conversation est amorcée.

Source : Diane Bédard, Le fil de Diane, Les affaires, 13 juillet 2017