Simaudio Moon : un système de son québécois de 300 000 dollars au succès planétaire

février 23, 2017 10:21 Publié par Marilyn Remillard Catégorisé dans:

Avec son nouvel amplificateur mono de 110 kilos valant 80 000 $, Simaudio se positionne comme la Ferrari de l’audio pour la maison. Et ça vend. Partout sur la planète.

Créée il y a 37 ans, et bien campée dans ses installations du parc industriel de Boucherville, au sud de Montréal, Simaudio est une de ces fameuses PME québécoises qui fait vivre l’adage selon lequel nul n’est prophète en son pays. Il faut dire que le fabricant de systèmes sonores haut de gamme ne cible pas tout particulièrement le grand public, préférant les audiophiles et mélomanes plus fortunés, ce qui réduit de beaucoup le marché local potentiel.

Ces dernières années, l’entreprise a tout de même effectué un virage plus accessible. Elle a décliné des versions plus abordables de ses gammes d’amplificateurs Moon. Elle a introduit un tout-en-un digne des années 2000, son ACE. Puis elle a effectué un virage numérique complet. Son récepteur numérique Mind, son application pour tablette, et son intégration plutôt transparente de Tidal (pour son streaming Hi-Fi de qualité CD) et de Qobuz (une radio internet française diffusant elle aussi en haute qualité mais qui n’a pas réussi à percer chez nous)

Qui trop embrasse mal étreint, dit-on, et ce désir urgent d’élargir sa gamme afin d’aller chercher une plus grande clientèle a peut-être fait pâlir l’étoile de la marque, face à des concurrents haut de gamme japonais, allemands ou même américains aux poches plus profondes.

Un coup d’éclat… payant

Comme l’explique Étienne Gautier, directeur des ventes pour Simaudio : «ça prenait un coup d’éclat, alors on s’est payé la traite. On ne s’est donné aucune limite, aucun frein afin de créer le produit de la plus haute qualité possible.»

Résultat : l’amplificateur Moon 888, surnommé «Lucky Watts». Un nom choisi avec soin. Outre le fait qu’il produit une puissance de 888 watts (3550 W à 2 ohms), le jeu de mots est un clin d’œil au huit chanceux chinois («lucky eight»), où Simaudio jouit d’une cote de popularité élevée.

Moon 888

L’appareil est costaud. Il fait 55 x 68 cm et pèse 110 kilos. Ils est vendu avec un caisson de chargement digne de l’équipement de scène professionnel. Ses composants sont fabriqués sur-mesure pour Simaudio au Canada, dans une proportion de 90 %. L’électronique vient d’Asie, mais le fabricant québécois s’est doté d’une machine lui permettant d’imprimer ses propres circuits.

Il se détaille 80 000 dollars pièce, et comme c’est un ampli mono, pour bien faire, ça en prend deux: un par enceinte. Évidemment, à ce stade, ça prend aussi le pré-amplificateur, le convertisseur numérique-analogique, le lecteur musical, et des enceintes capables de résister à cette puissance. Tout ça mis ensemble, ça peut coûter environ 300 000 $, estime Louis Lemire, président de Simaudio.

Est-ce dans votre budget? Peut-être pas. Mais M. Lemire prévoit vendre une vingtaine de paires de Moon 888 cette année. Sans compter les autres composants, c’est donc 3,2 millions de dollars qui s’ajoutent au chiffre d’affaires de l’entreprise.

C’est un coup d’éclat qui pourrait s’avérer doublement payant. Non seulement est-ce que l’opération génère des sous, mais elle fait aussi jaser. De la bonne façon: elle positionne Simaudio comme ce fabricant de composants sonores haut de gamme un peu fou qui ne s’arrête à rien pour créer des systèmes de qualité.

Il y a pire, comme réputation…

90 % des composants du Moon 888 sont fabriqués au Canada.

Le prix à payer pour être en F1

Si vous trouvez qu’il y a un peu de démesure dans tout ceci, c’est normal. Ça vient avec le positionnement dans un marché de luxe. «C’est comme investir en Formule un: développer la technologie qui te fait gagner 0,1 seconde au tour, ça coûte des millions de dollars et le plus gros du budget y passe.»

En d’autres mots, créer un système de son bon marché, c’est faisable. Créer un système haute fidélité, c’est aussi plutôt simple. Aller chercher cette légère amélioration qu’on ne discerne qu’après une longue écoute de deux appareils concurrents, qui fait que la caisse d’une batterie sonne comme si le band était réellement assis dans la même pièce que nous, c’est là où ça commence à se corser.

C’est là où la réputation de l’entreprise et de ses produits entre en jeu. C’est d’ailleurs pour ça que Simaudio contrôle jalousement son immersion dans la musique numérique. Par exemple, pas d’intégration de Spotify, qui est pourtant partout, ni même d’Apple Music dans son application mobile. En revanche, Tidal, le service suédois racheté par Jay-Z en 2015 pour 56 millions de dollars US, est bien présent.

Streaming

Tidal, dont Jay-Z vient de vendre le tiers des parts pour 200 millions $US à Sprint, était en perte de vitesse assez prononcée pour être avalée par Apple, selon les rumeurs qui circulaient l’été dernier.

Un revirement est survenu depuis que Tidal a introduit un nouveau format musical appelé Masters, en partenariat avec la société MQA («Master Quality Authenticated»). Sa qualité sonore (96 kHz 24-bit) est supérieure à celle d’un CD (44,1 kHz 16-bit) et comparable à ce que vos oreilles entendraient si vous étiez dans le studio d’enregistrement.

Premier service musical en son genre à offrir un tel son, Tidal utiliserait une technologie appelée «Audio Origami» assurant une compatibilité de son signal avec les systèmes ne prenant pas en charge le son 24-bit.

Bref, tout ça est très technique, et très limité: on ne compte que 3000 morceaux disponibles au format MQA. Cela dit, Tidal compte ainsi se positionner comme le service musical qui n’attire pas les masses (avec raison), mais qui attire la crème de la crème. L’éternelle opposition entre quantité et qualité.

Ça tombe bien, c’est aussi la stratégie de Simaudio. Et pour ce fabricant montérégien, ça semble bien fonctionner. Depuis maintenant 37 ans.