La Ronde tourne maintenant avec le robot Mérinio

juillet 20, 2017 9:38 Publié par Marilyn Remillard Catégorisé dans:

Le soleil brille et la crème glacée dégouline. Pour les amateurs de sensations fortes, c’est le temps de profiter de La Ronde. Toutefois, pendant que certains profitent des manèges, d’autres triment dur. Derrière les attractions, le grand ballet de la gestion de centaines d’employés se déroule.

Les entreprises saisonnières prévoient généralement un certain nombre d’employés selon l’achalandage anticipé. Elles se fient à leur historique et aux projections météorologiques, notamment. Plutôt simple, non ? En fait, pas vraiment. La Ronde, comme des milliers d’usines et d’entreprises, fonctionne grâce à des employés syndiqués. Ainsi, conventions collectives obligent, de nombreux critères doivent être respectés lorsqu’un gestionnaire appelle un employé pour lui offrir un quart de travail. Ancienneté, limite d’heures travaillées par semaine, qualifications, préférences quant à l’horaire et autres paramètres rendent l’opération complexe.

« C’est très, très long, effectuer des appels, confirme Marie-Lou Faucher-Bruyère, chef de division ressources humaines à La Ronde. Combler des quarts de travail, ça peut prendre plusieurs heures. »

Là où se trouve un problème se trouve une occasion, et, souvent… une start-up. En juin 2016, cinq jeunes Montréalais ont sauté sur l’enjeu de la gestion du personnel pour cofonder Mérinio, un logiciel qui vise à simplifier la vie des services de ressources humaines.

Maxime Gauthier-Bourbonnais, son jeune PDG, explique que son produit est un peu «le bras droit du gestionnaire. Il permet d’automatiser la distribution des quarts de travail. Nous avons commencé par viser les entreprises syndiquées, parce que c’est un secteur où il y a plusieurs variables. C’est complexe à gérer. Nous voulons éviter aux gestionnaires de perdre des heures à faire des appels si un employé prévu à l’horaire est malade.» En fait, Mérinio est un robot qui effectue les appels lui-même. L’employé reçoit un appel qui lui signale que des heures de travail sont disponibles et il peut alors dire s’il est libre. Il peut aussi rappeler, dans un délai préétabli, s’il a manqué le coup de téléphone. Le robot est paramétré afin de tenir compte de toutes les variables de la convention collective, et il devrait même bientôt pouvoir envoyer des messages textes.

« Nous l’avons testé cette semaine et il ne nous a fallu que sept minutes pour combler une journée de travail avec ce logiciel, affirme Mme Faucher-Bruyère. Nous sommes très satisfaits. » Satisfaits au point où La Ronde prévoit accélérer l’implantation de Mérinio.

De fait, non seulement l’action d’appeler les employés un par un prend un temps précieux aux gestionnaires, mais des erreurs dans l’attribution des quarts de travail peuvent engendrer d’autres coûts. «Il y a une complexité certaine dans l’attribution du travail», explique Urwana Coiquaud, professeure agrégée au Département de gestion des ressources humaines à HEC Montréal. C’est qu’une erreur humaine dans l’attribution des quarts peut entraîner des griefs, qui consomment des ressources précieuses.

Des logiciels apparentés existent. « La plupart des logiciels sur le marché ne permettent toutefois pas de changer les paramètres facilement. Cet atout nous permettra de nous déployer, à terme, dans des marchés fortement syndiqués, comme certains États américains ou certains pays européens », dit Maxime Gauthier-Bourbonnais.

Plusieurs industries, comme les secteurs saisonniers, le camionnage, les manufacturiers, la construction et les marchés publics, sont dans la mire des cofondateurs.

Quant au modèle de revenus de Mérinio, il fonctionne selon des projections basées sur le nombre d’employés et selon l’utilisation, explique le PDG : « ça varie de 500 $ à 4 000 $ par mois, mais c’est très profitable. J’estime que, pour chaque dollar investi dans notre solution, une entreprise économise 4 $ en frais divers, par exemple en salaires de cadres. ».

Outre La Ronde, la start-up est en train d’installer son logiciel à l’aéroport Trudeau de Montréal. Une implantation qui pourrait prendre quelques semaines.

Née au Centech, l’incubateur de l’École de technologie supérieure de Montréal, la jeune entreprise entrera sous peu dans un nouvel incubateur, le MTLAB de l’UQAM, qui veut propulser les start-up en lien avec le tourisme, la culture ou le divertissement.

Le jeune PDG voit grand : «D’ici 10 ans, nous voulons être les leaders dans les milieux syndiqués au Canada, ainsi que dans certains États américains et pays européens», espère Maxime Gauthier-Bourbonnais.

Photo : Maxime ­Gauthier-Bourbonnais, PDG de la start-up Mérinio

Source : Matthieu Charest, Les Affaires, 22 juillet 2017