Où sont les inventrices au Québec ?

octobre 6, 2017 1:09 Publié par Marilyn Remillard Catégorisé dans:

Une seule femme, en duo avec son frère, parmi les 10 finalistes d’un concours d’inventions. Ça ne m’étonne pas et voici pourquoi.

Le contexte: le magazine scientifique Québec Science lance un concours à l’attention des inventrices et inventeurs du Québec. L’équipe de rédaction était curieuse de savoir « qui sont les inventeurs québécois d’aujourd’hui ? Que sont-ils en train d’échafauder dans leur sous-sol ou leur garage? » comme l’explique la rédactrice en chef Marie Lambert-Chan. Inspiré par les grands concours d’inventions du monde tel que le concours Lépine en France, Québec Science souhaitait se distinguer en mettant de l’avant les inventions québécoises pour leur originalité et leur potentiel commercial.

Qui sont ces inventeurs québécois retenus pour la finale? Des jeunes, des professionnels, un retraité, plusieurs ingénieurs, des électriciens, des autodidactes, des spécialistes des télécommunications. Et une femme: Marie-Pier Corbeil. Elle est accompagnée de son frère David. Fille et fils d’entrepreneurs en électricité, ils ont inventé le DCC Condo, un appareil permettant la recharge d’un véhicule électrique même pour ceux habitant dans un condo. La soeur et le frère ont cette volonté, en commun avec les autres finalistes, de « vouloir changer le monde » comme l’écrit la rédactrice en chef dans son édito du mois.

Il ne faut pas tant s’étonner du nombre minime de femmes parmi les finalistes. Selon l’étude (PDF) du ministère de l’Économie, des Sciences et de l’Innovation du Québec, intitulé Bilan de la progression des Québécoises en sciences et en technologies de 2003 à 2013, l’intérêt des femmes pour les sciences au niveau scolaire est déjà peu présent: seulement 19% des élèves en technique informatique sont des femmes, 19% pour les femmes en technique informatique et on tombe à 18% pour le personnel technique en génie civil, mécanique et industriel.

Le rapport explique que les parents, le personnel enseignant et le personnel spécialisé influencent les choix de formations ou de carrières chez les enfants. Il y est dit qu’on adopte un comportement différent selon si on s’adresse à une fille ou à un garçon et cette différenciation nourrit les stéréotypes, tels que le travail scientifique convient mieux aux garçons et aux hommes. Du côté des jeunes filles, ces stéréotypes contribuent à la perte de confiance en leurs capacités tout au long de leur scolarité.

Je tiens à faire remarquer que ce rapport se base sur d’autres rapports datant de 1986. Donc, plus on avance et moins ça change!

« Bien qu’ils n’en soient pas toujours conscients, les parents ne traitent pas leurs fils et leurs filles de la même manière. Les principaux stéréotypes à cet égard sont que les filles ne sont pas aussi bonnes que les garçons en mathématiques et que le travail scientifique convient mieux aux garçons et aux hommes. » – Extrait du rapport Bilan de la progression des Québécoises en sciences et en technologies de 2003 à 2013

La rédactrice en chef aurait évidemment souhaité recevoir plus de candidatures féminines, mais elle ne s’en étonne pas: « On dresse un portrait où les femmes sont moins bien représentées à la fois dans les milieux scientifiques et technologiques et dans l’univers de l’entrepreneuriat ». Et elle a raison! L’existence de ce blogue en est la preuve.

Marie Lambert-Chan reste tout de même optimiste: « Il y a encore beaucoup de chemin à faire pour paver la voie au succès des femmes scientifiques et entrepreneures. Mais il y a lieu d’espérer comme le montre l’histoire de Marie-Pier, mais aussi celle d’autres femmes comme la physicienne Marie-Ève Ducharme (Nüvü Cameras) et l’ingénieure Caroline Boudoux (Castor Optics) », dit-elle.

En contactant Marie Lambert-Chan au sujet du concours, j’avais espéré qu’une revue de vulgarisation scientifique aurait ratissé plus de candidatures féminines. J’avais l’espoir d’apprendre que plus de femmes s’étaient hissées parmi les finalistes. Je comprends certes, que lorsque le bassin de départ est réduit, le résultat final ne peut être que proportionnel. Je suis déçue mais pas surprise. Les chiffres sont là pour appuyer cette réalité. Je me console en me disant que la rédactrice du magazine scientifique du Québec et une femme et que cette première édition du concours d’inventions attirera plus de candidatures l’année prochaine. En attendant, je vais continuer d’alimenter ce blogue car son existence se retrouve à toujours être pertinente.

Source : Chloé Freslon, Métro, Blogue URelles, 5 octobre 2017