« On devrait faire un effort de mobilisation collectif » – Pascal Monette, PDG de l’ADRIQ

décembre 23, 2016 12:47 Publié par Marilyn Remillard Catégorisé dans:

IL Y A URGENCE D’AGIR EN MATIÈRE D’INNOVATION AFIN D’ASSURER LA POSITION CONCURRENTIELLE DE L’ÉCONOMIE QUÉBÉCOISE, SELON L’ASSOCIATION POUR LE DÉVELOPPEMENT DE LA RECHERCHE ET DE L’INNOVATION DU QUÉBEC (ADRIQ), QUI PUBLIE UN MÉMOIRE SUR LE SUJET CES JOURS-CI. ENTREVUE AVEC SON PDG, PASCAL MONETTE.

LES AFFAIRES – DANS VOTRE NOUVEAU MÉMOIRE, VOUS INDIQUEZ QU’IL EST URGENT DE SOUTENIR L’INNOVATION DANS LE SECTEUR MANUFACTURIER QUÉBÉCOIS. POURQUOI EST-CE CRUCIAL ?

Pascal Monette – Cela reste un secteur important au Québec. Certains pays ont pris le taureau par les cornes, comme l’Allemagne et les États-Unis. Ils ont fait du reshoring, c’est-à-dire de la relocalisation de production. Ils ont investi beaucoup – une volonté qui émanait des gouvernements – en finançant ou en créant des instituts de recherche pour soutenir le développement de leurs entreprises et les rendre plus innovantes, pour ce qui est autant des processus que des produits. Pendant ce temps, on a pris du retard. C’est important de bouger rapidement. Il faut avoir des actions à court terme dans les prochains budgets. Il ne faut pas nécessairement des moyens colossaux, mais ils doivent être mis aux bons endroits, notamment dans la commercialisation de l’innovation, qui est un peu notre parent pauvre.

L.A. – QUELS SONT LES DÉFIS PRIORITAIRES AUXQUELS LE QUÉBEC DOIT S’ATTAQUER EN MATIÈRE D’INNOVATION ?

P.M. – La commercialisation. La connaissance des marchés et des clients est très importante. Il faut accentuer ces activités au sein des entreprises ou développer des spécialistes en commercialisation de l’innovation, qui vont les soutenir. L’autre défi important, dans lequel on a pris du retard, c’est le numérique. Cette infrastructure est aussi nécessaire que l’étaient les autoroutes il y a 40 ou 50 ans. Je crois qu’elle doit être améliorée pour aider nos entreprises en région à s’inscrire dans une chaîne de valeur mondiale.

L.A. – DES ORGANISATIONS, QUI ONT MIS AU POINT DES INNOVATIONS, DISENT AVOIR DE LA DIFFICULTÉ À PERCER LES MARCHÉS PUBLICS. QUELLE EST LA SOLUTION ?

P.M. – Le gouvernement fédéral a mis en place le Programme canadien pour la commercialisation des innovations (PCCI), mais on souhaite que Québec, qui demeure un gros acheteur, puisse favoriser des entreprises qui ont développé des applications ou des technologies pour lesquelles elles n’ont pas trouvé un premier acheteur. Une société qui a une culture de l’innovation pensera à ce genre d’actions et de processus pour favoriser des entreprises en émergence.

L.A. – UN SONDAGE RÉALISÉ PAR DELOITTE AUPRÈS DE 700 DIRIGEANTS DE SOCIÉTÉS CANADIENNES A RÉVÉLÉ QUE 64 % DES ENTREPRISES SE DISAIENT PEU OU PAS DU TOUT PRÉPARÉES POUR RÉAGIR AUX CHANGEMENTS TECHNOLOGIQUES. COMMENT REMÉDIER À CETTE SITUATION ?

P.M. – On devrait faire un effort de mobilisation collectif. Avec les organismes fédéraux, provinciaux et ceux comme le nôtre, on peut sensibiliser des entreprises, informer celles qui veulent faire des pas en ce sens et les former. L’important, c’est l’accompagnement. Lorsqu’on parle d’un manufacturier innovant, ce n’est pas qu’il achète 50 robots. Au départ, il faut analyser des processus. Il faut l’accompagner en amont et en aval. Mais ça prend une volonté gouvernementale.

L.A. – LE QUÉBEC PEUT-IL S’INSPIRER DE CERTAINES INITIATIVES À L’ÉTRANGER ?

P.M. – Le modèle allemand s’assure qu’il y a une fluidité dans le transfert entre les activités de recherche et leur implantation dans les entreprises. C’est souvent quelque chose qui manque ici. On aime bien aussi le modèle américain, car il réunit l’ensemble des acteurs des entreprises, des gouvernements, du monde universitaire, de la recherche et des accompagnateurs d’entreprises pour faire en sorte que les activités de recherche et d’innovation percolent.

Source : Étienne Plamondon Émond, Les Affaires, 24 septembre 2016