La minière montréalaise BlackRock bientôt championne du monde des coûts?

mars 14, 2017 3:04 Publié par Marilyn Remillard Catégorisé dans:

Même si elle a encore beaucoup de pain sur la planche, la minière Métaux BlackRock pense amorcer sa production de fonte brute et de vanadium à l’été 2020. Et grâce à la qualité de son gisement de Chibougamau, elle pourrait devenir l’un des producteurs à plus bas coûts au monde.

L’entreprise a été fondée en 2008 pour exploiter le gisement de fer du secteur du lac Doré, à Chibougamau. À terme, son projet créera 200 emplois à la mine et 300 autres à l’usine de transformation du minerai, située à Grande-Anse, au Saguenay. Mais avant, elle doit boucler le financement de la première phase évaluée à un milliard de dollars.

«On est en vérification diligente et on espère obtenir le reste des sommes requises d’ici quelques semaines», dit Jean Rainville, président et chef de la direction de Métaux BlackRock. Ses partenaires financiers proviennent de l’Asie, du Moyen-Orient, du Canada et des États-Unis. Le gouvernement du Québec figure aussi au nombre des investisseurs par l’entremise d’Investissement Québec et de son fonds Capital Mines Hydrocarbures.

M. Rainville fera le point sur l’état d’avancement du projet lors de la 11e édition de la Conférence Objectif Nord, présentée par Les Événements Les Affaires le 25 avril prochain.

100 ans de production

Le gisement de Chibougamau a été découvert dans les années 1950 par une société américaine qui souhaitait avoir des réserves de fer dans l’éventualité d’une troisième guerre mondiale. La première fosse qui sera exploitée par BlackRock assure 40 ans de production, mais la durée de vie de la mine pourrait aller jusqu’à 100 ans si on tient compte de la totalité du gisement.

Grâce à la qualité du minerai, les coûts de production seront inférieurs à la moyenne. «Le processus d’extraction sera relativement simple, car le minerai ne contient pas d’arsenic, de métaux lourds, de matières radioactives ou d’autres contaminants, explique Jean Rainville. C’est un gisement propre, contrairement à bien d’autres gisements dans le monde.»

Autre atout : BlackRock produira au moins deux métaux, soit du fer sous forme de fonte brute et du ferrovanadium. Elle sera alors mieux protégée contre les fluctuations du prix des métaux.

La fonte brute est utilisée dans les bâtiments, les ponts, les automobiles, les tuyaux. Quant au vanadium, il sert principalement à renforcer et à alléger les alliages d’acier utilisés notamment dans la construction et l’industrie automobile.

BlackRock prévoit principalement vendre ses produits à des aciéries et des fonderies américaines. Elle mise d’ailleurs sur l’avantage concurrentiel que lui procure le fait d’être située à proximité du marché américain, par rapport aux minières du Brésil, de l’Ukraine, de l’Afrique du Sud et de la Chine.

Dans une éventuelle deuxième phase, l’entreprise pourrait aussi produire du titane. Il lui faudrait alors investir 250 millions de dollars de plus pour se doter des installations nécessaires.

Carbone neutre ?

Côté environnement, le projet de BlackRock se distingue. «Nous émettrons trois fois moins de CO2 que nos compétiteurs», soutient Jean Rainville qui est ingénieur de formation. La raison ? Sa future usine utilisera le gaz naturel et l’hydroélectricité comme sources d’énergie tandis que la majorité des producteurs de fonte brute ont plutôt recours au charbon.

De plus, l’entreprise cherche des débouchés pour son CO2 qui pourrait être recyclé dans l’industrie agricole. Si elle en trouve, elle pourrait devenir carbone neutre. «Il faudrait cependant que ce soit dans la région du Saguenay pour éviter qu’il soit transporté sur de longues distances, précise Jean Rainville. Sinon, ça ne vaudrait pas la peine sur le plan environnemental.»

BlackRock prévoit terminer l’étude de faisabilité de l’usine en mai. Elle enclenchera ensuite l’ingénierie de détail qui devrait être complétée à la fin de 2018. Si elle obtient l’aval du BAPE, la construction de l’usine et des infrastructures de la mine pourrait commencer à l’été de 2018 pour une mise en production en 2020.

Source : Les affaires, 13 mars 2017