Faites-vous bonne figure en innovation ?

décembre 22, 2016 10:11 Publié par Marilyn Remillard Catégorisé dans:

Peu d’entreprises peuvent répondre oui à cette question. En 2014, le Conference Board du Canada estimait que 40% des entreprises au pays ne mesurent jamais leur innovation et que près de 30% le font de façon sommaire. Moins de 8% évaluent en bonne et due forme leurs efforts en innovation. Explications en trois questions.

Q : Pourquoi les entreprises ne mesurent-elles pas leur performance en innovation?

R : «Beaucoup d’entreprises ne savent pas si elles font de l’innovation. Or, c’est difficile de mesurer quelque chose qu’on ne fait pas ou qu’on ne connaît pas», répond Pascal Monette, directeur général de l’Association pour le développement de la recherche et de l’innovation du Québec (ADRIQ).

Cette méconnaissance est généralisée. «À l’échelle globale, il y a peu d’entreprises qui mesurent et qui maîtrisent totalement leurs processus innovants. Celles qui le font demeurent l’exception», constate Laurent Simon, professeur en management à HEC Montréal. Il convient que le concept d’innovation demeure flou. «Tout le monde en parle, mais ça demeure complexe, dit-il. L’innovation, c’est produire du nouveau.»

En fait, tout part de la direction générale, estime Pascal Monette. «L’innovation doit être une considération stratégique, pleinement intégrée à la vision et aux orientations de l’entreprise, déclare-t-il. Si ce n’est pas le cas, comment voulez-vous que la direction générale établisse des indicateurs et exige des chiffres par la suite?»

Q : Comment évalue-t-on l’innovation?

R : Selon Laurent Simon, les entreprises championnes de la mesure de l’innovation s’exécutent en trois temps: l’investissement en connaissances, le travail sur les idées et la mise en projet.

L’investissement en connaissances consiste à faire de la veille stratégique, à former ses employés, à créer des interactions avec des clients ou des utilisateurs, etc. En un mot, à être sur le terrain.

Le travail sur les idées peut se traduire en concours d’idées ou en journées allouées à des employés pour réfléchir sur des thématiques. Laurent Simon apporte toutefois un bémol: «Il ne suffit pas de générer beaucoup d’idées. Encore faut-il qu’elles soient pertinentes. Il faut les dénombrer, mais aussi en évaluer la qualité.»

Une fois qu’on a sondé le terrain, réfléchi et évalué les idées, on passe à la conception de produits et services. C’est la mise en projet. «Ici, la mesure est plus évidente, signale Laurent Simon. Combien a-t-on lancé de nouveaux produits dans la dernière année? Quel est leur taux de pénétration? À combien se chiffrent les ventes? Mais bon, il s’agit de mesurer l’aval et, pour bien le faire, il faut maîtriser ce qu’on fait en amont…»

Q : Peut-on s’attendre des PME à ce qu’elles évaluent leurs efforts en innovation alors qu’elles ont déjà tant à faire?

R : «Mesurer l’innovation et son rendement est une tâche importante pour la grande entreprise, car elle a de vastes ressources et elle peut facilement perdre de vue le besoin de suivre les nouvelles tendances et de s’y adapter, remarque Francisco Xavier Olleros, professeur spécialisé en gestion stratégique de l’innovation à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM. En revanche, la PME est un tout autre type d’organisation avec des ressources, des contraintes et des priorités différentes.»

Par conséquent, ajoute M. Olleros, la petite entreprise innovante n’a pas vraiment besoin de mesurer son degré d’innovation. «Ce serait pire qu’un luxe inutile, ce serait une distraction.»

D’autres tâches plus pressantes attendent la PME: la performance et la satisfaction de ses employés, l’embauche de nouveaux candidats, ses flux de trésorerie, etc. «Tout cela est bien plus critique à la survie d’une PME innovante que de mesurer avec précision ce qu’on connaît déjà approximativement», croit M. Olleros.

Pascal Monette admet que les chefs d’entreprise ont déjà beaucoup à faire. «Mais l’innovation n’est pas un luxe pour notre économie, souligne-t-il. Pour réussir, nous devons exporter. Pour exporter, nous devons nous distinguer. Et pour nous distinguer, il faut innover.»

Laurent Simon va plus loin: «Ne pas innover est un risque, peu importe la taille de l’entreprise. En ne mesurant pas l’intensité d’innovation, on contrôle moins ses processus et on réduit sa capacité à les améliorer, voire à les remettre en cause.»

En matière d’innovation, les PME ne sont pas livrées à elles-mêmes. Il existe différentes ressources pour les épauler, comme le Parcours Innovation PME de la Ville de Montréal et les conseillers du Réseau-conseil en technologie et en innovation.

Source : Marie-Lambert-Chan, La Presse – 25 novembre 2015